Guide · Alternance & apprentissage

Alternance & apprentissage en France : un étudiant international peut-il le faire ?

L’alternance vous permet d’étudier et de travailler en même temps : aucun frais de formation à payer (l’OPCO les prend en charge) et un vrai salaire (un % du SMIC). Voici comment fonctionnent les deux contrats, ce qu’ils paient et - la partie qui compte vraiment - les règles pour les étudiants hors UE et UE, avec une source officielle pour chaque chiffre.

Mis à jour 2026-06-20

En France, l’alternance consiste à partager son temps entre une école/un CFA et une entreprise. Vous ne payez pas vos frais de formation - ils sont pris en charge par l’OPCO de l’employeur - et vous percevez un salaire fixé en pourcentage du SMIC. Deux contrats de travail le rendent possible : le contrat d’apprentissage et le contrat de professionnalisation. La grande question pour un étudiant international n’est pas de savoir si vous pouvez faire une alternance - vous le pouvez - mais sous quelles conditions, et cela dépend de votre nationalité (UE vs hors UE) et du contrat que vous signez. Ce guide est 100% sourcé ; rien sur les salaires, l’éligibilité ou les limites de travail n’est inventé.

Comment trouver une alternance

  1. Ciblez le bon diplôme et le bon secteur

    Partez d’un diplôme réellement ouvert à l’apprentissage. Utilisez ONISEP pour repérer quels métiers et quelles qualifications peuvent se faire en alternance, et échangez avec les enseignants et le personnel des journées portes ouvertes. Les primo-arrivants hors UE doivent prêter attention à la règle d’éligibilité ci-dessous (Master, CGE niveau 1, ou programme d’ingénieur CTI).

  2. Cherchez sur les plateformes officielles et gratuites

    La Bonne Alternance (un service public gratuit) vous permet de rechercher par métier + localisation, et surtout affiche aussi les entreprises à fort potentiel de recrutement même lorsqu’elles n’ont pas publié d’offre - vous pouvez ainsi envoyer des candidatures spontanées ciblées. 1jeune1solution.gouv.fr liste les offres par poste et par localisation et ajoute un accompagnement gratuit (Missions locales, mentorat). Pour les postes cadres / bac+4–5, consultez aussi l’APEC, les sites des CFA et le service carrières de votre école.

  3. Commencez tôt - le recrutement culmine de mars à juin

    Le recrutement en alternance se déroule souvent de mars à juin pour une rentrée en septembre ; commencez donc votre recherche plusieurs mois à l’avance. De nombreux CFA vous laissent vous inscrire avant d’avoir trouvé une entreprise, avec un délai légal pour signer le contrat après le début de la formation - confirmez le délai exact auprès du CFA.

  4. Candidatez, passez les entretiens et appuyez-vous sur le CFA

    Trouvez l’entreprise, candidatez, passez l’entretien. Un CV et une lettre de motivation solides sont ce qui vous décroche l’entretien. N’oubliez pas que le CFA doit vous aider à trouver une entreprise - cette obligation pèse sur lui, pas seulement sur vous.

  5. Signez - et faites valider le contrat

    Une fois que vous signez, le CFA valide votre inscription académique et l’employeur fait valider le contrat par l’OPCO / la DREETS. Pour un étudiant international, cette étape de validation est décisive (voir la section conditions) : pour un contrat d’apprentissage, c’est elle qui débloque le travail au-delà de 964 heures, et l’employeur doit aussi déposer la déclaration en préfecture.

Les deux contrats : apprentissage vs professionnalisation

Tous deux fonctionnent sur un rythme école/CFA + entreprise, tous deux sont de vrais contrats de travail (à durée déterminée ou indéterminée), et dans les deux cas votre formation est gratuite pour vous - l’OPCO de l’employeur paie. Ils diffèrent par l’âge, le cadre et le temps passé en formation.

CritèreContrat d’apprentissageContrat de professionnalisation
CadreFormation initiale (diplôme / titre national)Formation continue / insertion (titre, diplôme, CQP)
Âge16–29 (dès 15 ans si la 3e est terminée ; jusqu’à 35 ans ou sans limite dans des cas précis : handicap, sportifs de haut niveau, création d’entreprise, redoublement d’un examen)16–25, plus les demandeurs d’emploi de 26 ans et + et les bénéficiaires du RSA / ASS / AAH (sans limite d’âge)
Durée6 mois – 3 ans (4 ans pour handicap / sportifs de haut niveau)6–12 mois, jusqu’à 24 (ou 36 pour certains groupes)
Temps en centre de formationau moins 25% (dans un CFA)15–25%, minimum 150 heures
Type de contratÀ durée déterminée ou indéterminéeÀ durée déterminée ou indéterminée
Frais de formationPris en charge par l’OPCO (gratuit pour l’apprenti)Pris en charge par l’OPCO (gratuit pour l’alternant)

Pour un étudiant international, c’est le contrat d’apprentissage qui ouvre la porte en tant que primo-arrivant (voir ci-dessous). En pratique, le contrat de professionnalisation exige que vous déteniez déjà un titre de séjour et une autorisation de travail.

Service-Public - Contrat d’apprentissage ↗

Le salaire : un pourcentage du SMIC

Un alternant perçoit un vrai salaire, fixé en pourcentage du SMIC et croissant avec l’âge et l’année du contrat. Au 1er juin 2026, le SMIC mensuel brut (35h) est de 1 867,02 €. Les pourcentages ci-dessous s’appliquent au montant mensuel brut.

Contrat d’apprentissage - % du SMIC

Année de contrat16–1718–2021–25*26 ans et +*
1re année27%43%53%100%
2e année39%51%61%100%
3e année55%67%78%100%

* Pour les 21–25 ans et les 26 ans et +, vous percevez le plus élevé entre le % du SMIC ou le salaire minimum conventionnel applicable ; pour les 26 ans et +, le plancher est de 100% du SMIC. Exemple : un apprenti de 16–17 ans en 1re année perçoit au moins 27% du SMIC (≈ 504 €/mois brut au SMIC actuel).

Contrat de professionnalisation - % du SMIC

ÂgeEn dessous du niveau bac proNiveau bac pro ou supérieur
Moins de 21 ans55%65%
21–2570%80%
26 ans et +100% (SMIC)*100% (SMIC)*

* Pour les 26 ans et +, au moins 85% du salaire minimum de la branche/de l’entreprise, jamais en dessous du SMIC.

Service-Public - Contrat d’apprentissage (grille de salaire) ↗

Le nœud du problème : les conditions pour les étudiants internationaux

Oui, un étudiant international peut faire une alternance en France - mais les règles dépendent de votre nationalité et du contrat.

Étudiants UE / EEE / suisses. Vous avez un accès libre au marché du travail : aucun titre de séjour ni aucune autorisation de travail ne sont requis, et vous travaillez comme un national.

Étudiants hors UE - la règle des 964h. Avec un VLS-TS validé ou un titre de séjour portant la mention « étudiant », un étudiant hors UE peut travailler jusqu’à 964 heures par an (60% de la durée annuelle légale du travail) sans autorisation préalable.

L’exception clé. Une fois qu’un contrat d’apprentissage est validé par l’OPCO ou la DREETS, l’étudiant étranger est « autorisé, dans le cadre de son cursus, à travailler au-delà des 964 heures. » L’employeur n’a alors pas besoin d’une autorisation de travail distincte. Pour un contrat de professionnalisation, c’est différent : l’employeur doit obtenir une autorisation de travail explicite avant le début de l’emploi, et le plafond de 964h s’applique sauf si cette autorisation le lève.

Déclaration en préfecture par l’employeur. Pour employer un étudiant étranger, l’employeur doit déposer une déclaration nominative auprès de la préfecture du département du siège social, au moins 2 jours ouvrables avant la date de début.

Règle du primo-arrivant (le point le plus mal compris). L’alternance était autrefois réservée aux étudiants après une première année passée en France. Depuis le décret n° 2021-360 (31 mars 2021), confirmé en juillet 2022, un primo-arrivant arrivant directement de l’étranger peut signer un contrat d’apprentissage sans année d’études préalable en France s’il est inscrit dans : un Master reconnu par l’État ; ou un programme de niveau 1 labellisé par la Conférence des Grandes Écoles (CGE) ; ou un programme d’ingénieur accrédité par la CTI. En dehors de ces cas, les primo-arrivants ne peuvent pas s’inscrire directement en alternance - vous venez d’abord avec un statut « étudiant » classique, puis vous basculez.

Ressortissants algériens. Au titre de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968, leur limite est de 50% de la durée annuelle du travail (≈ 804 heures/an), et non 60%.

Règle d’or : un étudiant sans titre de séjour valide ne peut pas être embauché en alternance - l’employeur est légalement tenu de vérifier le titre.

Service-Public - Un étudiant non européen peut-il travailler en France ? ↗

Faire son alternance à l’étranger (mobilité - l’« Erasmus de l’apprentissage »)

Un apprenti sous contrat français peut réaliser une partie de l’alternance à l’étranger. Le Code du travail (article L6222-42) prévoit que le contrat d’apprentissage peut être exécuté en partie à l’étranger pour une durée qui ne peut excéder un an ni la moitié de la durée totale du contrat - c’est la plus courte des deux qui s’applique.

Il existe deux montages juridiques :

  • Mise à disposition - le contrat français continue de courir. Vous restez salarié de l’entreprise française et conservez la protection sociale française.
  • Mise en veille - le contrat est suspendu ; vous n’êtes plus salarié de l’entreprise française et n’êtes plus couvert par la protection sociale française (vous relevez de la structure d’accueil / du système du pays d’accueil ; hors UE, assurance volontaire).

La loi du 27 décembre 2023 (« Erasmus de l’apprentissage ») a supprimé l’ancien plafond de 4 semaines : la mise à disposition est désormais possible quelle que soit la durée de la mobilité (dans la limite globale d’un an / de la moitié du contrat), et l’employeur choisit entre les deux montages. Cela s’applique aussi au contrat de professionnalisation - utile si vous souhaitez un parcours mobile tout en restant couvert par votre contrat français.

Légifrance - Code du travail L6222-42 à L6222-44 ↗

Pourquoi l’alternance est attractive pour un étudiant international

  • Aucun frais de formation. Le coût pédagogique est pris en charge par l’OPCO ; « aucune contrepartie financière ne peut être demandée à l’apprenti. »
  • Un salaire. De 27% à 100% du SMIC selon l’âge et l’année (voir les grilles ci-dessus).
  • Une vraie expérience professionnelle et une meilleure insertion. Selon la DARES, une majorité d’anciens apprentis occupent un emploi salarié dans le secteur privé après le contrat, et environ 3 sur 10 restent chez l’employeur où ils ont fait leur apprentissage. En 2024, la France comptait 1 015 400 apprentis (+4,7%).
  • Un statut migratoire intégré. Avec le statut « étudiant » et un apprentissage validé par l’OPCO/la DREETS, vous pouvez travailler au-delà de 964 heures sans autorisation distincte.

DARES - Insertion professionnelle des apprentis (2023) ↗

Questions fréquentes

Un étudiant hors UE peut-il vraiment faire une alternance en France ?

Oui. Avec un VLS-TS validé ou un titre de séjour portant la mention « étudiant », vous pouvez travailler jusqu’à 964 heures par an, et dès que votre contrat d’apprentissage est validé par l’OPCO ou la DREETS, vous êtes autorisé à travailler au-delà de ces 964 heures dans le cadre de votre cursus - sans autorisation de travail distincte nécessaire de la part de l’employeur.

Puis-je signer une alternance en tant que primo-arrivant (en arrivant directement de l’étranger) ?

Pour un contrat d’apprentissage, oui - mais seulement si vous êtes inscrit dans un Master reconnu par l’État, un programme de niveau 1 labellisé par la CGE, ou un programme d’ingénieur accrédité par la CTI. En dehors de ces cas, vous devez d’abord venir avec un statut « étudiant » classique, puis basculer.

Quelle est la différence entre les deux contrats ?

Le contrat d’apprentissage relève de la formation initiale (16–29 ans, au moins 25% en CFA) et c’est la voie qui permet à un primo-arrivant d’entrer. Le contrat de professionnalisation relève de la formation continue/insertion (16–25 ans plus les demandeurs d’emploi de 26 ans et +, 15–25% en formation) et, pour un étudiant hors UE, exige que l’employeur obtienne une autorisation de travail explicite avant le début de l’emploi.

Combien vais-je gagner ?

Un pourcentage du SMIC (1 867,02 € brut/mois à 35h au 1er juin 2026). Sur un contrat d’apprentissage, cela va de 27% (16–17 ans, 1re année) à 100% (26 ans et +). La formation est gratuite dans tous les cas.

Puis-je faire une partie de mon alternance à l’étranger ?

Oui. Un contrat d’apprentissage peut être exécuté en partie à l’étranger, pour un an maximum et pas plus de la moitié du contrat. Depuis la loi du 27 décembre 2023, vous pouvez rester mis à disposition sur votre contrat français (et conserver la protection sociale française) pendant toute la mobilité, et non plus seulement 4 semaines.

Je suis citoyen de l’UE - ai-je besoin d’un titre ?

Non. Les étudiants UE / EEE / suisses ont un accès libre au marché du travail : aucun titre de séjour ni aucune autorisation de travail ne sont requis, et vous travaillez comme un national.

Sources

  1. Service-Public - Contrat d’apprentissageofficiel · 2026-06-20
  2. Service-Public - Contrat de professionnalisationofficiel · 2026-06-20
  3. Service-Public - Un étudiant non européen peut-il travailler en France ?officiel · 2026-06-20
  4. Service-Public - Un étudiant européen peut-il travailler en France ?officiel · 2026-06-20
  5. Légifrance - Code du travail L6222-42 à L6222-44 (mobilité des apprentis)officiel · 2026-06-20
  6. Vie-publique - Loi du 27 décembre 2023 « Erasmus de l’apprentissage »officiel · 2026-06-20
  7. Campus France - Étudier avec un contrat d’alternance / d’apprentissageofficiel · 2026-06-20
  8. Campus France Maroc - Formation en alternanceofficiel · 2026-06-20
  9. Campus France - Travailler pendant ses études en Franceofficiel · 2026-06-20
  10. La Bonne Alternanceofficiel · 2026-06-20
  11. 1jeune1solutionofficiel · 2026-06-20
  12. DARES - Insertion professionnelle des apprentis (2023)officiel · 2026-06-20
  13. info.gouv.fr - Le SMIC revalorisé le 1er juin 2026officiel · 2026-06-20

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